L’hydrogène est-il l’avenir de l’automobile ?

L’hydrogène est-il l’avenir de l’automobile ?

10 octobre 2019 Actus AMV

La voiture à hydrogène est souvent présentée comme idéale pour corriger le principal « défaut » de la voiture électrique : l’autonomie. Mais la voiture à hydrogène n’a pas que des qualités. Dans l’état actuel de la technologie, c’est une solution onéreuse, et dont le bilan écologique fait débat.

La voiture à hydrogène : un moteur électrique

La voiture à hydrogène est bel et bien une voiture électrique. Mais à la place de ses batteries, on trouve une « pile à combustible » : un dispositif qui utilise de l’hydrogène qui, en réagissant avec l’oxygène de l’air, produit de l’électricité pour alimenter le moteur. En fonctionnant, la voiture à hydrogène ne rejette donc aucun gaz à effet de serre, aucune particule fine, mais juste… de l’eau !

Il s’agit donc d’une voiture zéro émission, qui présente l’avantage de « faire le plein » en quelques instants : il suffit de recharger sa pile à combustible en hydrogène. 

Mais attention, la voiture à hydrogène n’est peut-être pas aussi vertueuse qu’elle ne le semble au premier abord.

Le vrai bilan carbone de la voiture à hydrogène

L’hydrogène, principal composant de l’univers, est disponible en quantité illimitée. Mais il n’existe quasiment jamais tel quel dans la nature : il est combiné à d’autres éléments. Par exemple à de l’oxygène pour donner de l’eau, dans la proportion de deux atomes d’hydrogène pour un atome d’oxygène, soit « H2O ».

Donc pour faire le plein de la pile à combustible, il faut d’abord produire l’hydrogène :

– Soit par « vaporeformage » du gaz naturel : on sépare l’hydrogène des atomes de carbone et d’oxygène, rejetés sous forme… de CO2. C’est la méthode la plus utilisée. Mais produire 1 kg d’hydrogène dégage 10 kg de CO2. Ainsi une voiture qui consomme 1 kg d’hydrogène pour 100 km, dégage en réalité, si l’on regarde le tableau dans son ensemble, 100 g/km de CO2. 

– Soit par électrolyse de l’eau : en faisant circuler un courant électrique dans l’eau, on provoque un dégagement d’hydrogène à la cathode et d’oxygène à l’anode. Cette fois tout dépend du mode de production de l’électricité ! Si l’électricité est issue de centrales thermiques à charbon, le bilan carbone est négatif… En France, l’électricité de source nucléaire affiche un bilan carbone plus favorable.

Un coût non négligeable

La voiture à hydrogène existe déjà, en particulier chez Toyota, Honda ou Hyundai. Mais elle n’est pas accessible à tous !

Son prix est élevé : à partir de 60 000 euros, voire 80 000, pour les modèles existants. Un coût élevé, essentiellement dû à la présence de platine, un métal rare et cher, dans la pile à combustible. 

L’infrastructure de distribution de l’hydrogène reste à construire. Le coût d’une pompe à hydrogène est élevé, le transport de l’hydrogène s’avère problématique… Aujourd’hui les véhicules à hydrogène sont, en France, dans des flottes captives d’entreprises ou de collectivité locale (chez Engie, les taxis Hype en Région Parisienne, prochainement des bus de la ville de Pau…). En clair, aujourd’hui, un particulier qui achèterait une voiture à hydrogène ne saurait pas où « faire le plein ».

Un avenir difficile à prédire

Bien sûr, les choses pourraient évoluer avec :

– des bornes de rechargement qui fabriqueraient de l’hydrogène totalement vert « in-situ » à partir d’énergie renouvelable (solaire, éolienne, hydraulique…)

– un prix de fabrication de la pile qui baisserait si les volumes augmentent. 

Plusieurs plans de soutien à la filière hydrogène ont d’ailleurs été lancés. Ainsi le plan Hulot prévoit d’ici 2023 l’aménagement d’une centaine de stations d’ici 2023 et 5 000 véhicules (utilitaires notamment). Au Japon, l’objectif est fixé à 40 000 véhicules dès 2020, avec 160 stations. La Californie de son côté promet 200 stations en 2025 pour encourager les particuliers à adopter la voiture à hydrogène…

Difficile de prévoir l’avenir de cette technologie, déjà abandonnée par certains constructeurs. Ainsi Volkswagen l’a écartée « pour les décennies qui viennent », en raison de son manque d’efficience énergétique : pour le constructeur allemand, il faut trop d’énergie aujourd’hui pour produire l’hydrogène, mieux vaut s’en servir pour charger des batteries ! D’autres constructeurs y croient encore. L’avenir nous dira qui avait raison.

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